Une balade manquait terriblement à mon actif et je
crois qu'il me fallait du soutien pour l'entreprendre. Le concept n'est pas toujours tentant que de profiter de la grisaille pour aller se promener dans un cimetière. Ma très chère Gondinette -
sous prétexte de me présenter sa grand-mère, elle même voisine de Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir - a su me motiver pour aller flâner au Montparnasse m'offrant ainsi l'occasion de rendre visite à ce cher Serge.Le cimetière n'a rien à voir avec celui du Père-Lachaise. Si ce dernier s'étale tortueusement sur la butte de Belleville, à MontPar', point de dénivellé ni de sinuosité. Ce n'est pas un parc où reposent nos proches et où passent les anges mais un cimetière tel qu'on peut s'en faire une idée préconçue. Les tombes à perte de vue, soigneusement alignées, nous rappellent lourdement quelle sera la dernière accolade de l'intervalle de notre existance. Cette rigidité et ce manque d'intimité m'ont impressionné je l'avoue.
Pas d'excuses ni même de refuge possible, on ne peut voir en ce lieux qu'un sanctuaire recouvert d'une chappe de plomb et de sacré. Etrangement, au mal-être ressenti s'ajoute un je-ne-sais-quoi pesant de spirituel étouffant, oppressant et peu définissable. Ce n'est pas un ange qui passe mais bel et bien une force étrange qui transperce et qui glace les vivants. Pas de doutes possibles: le Montparnasse appartient à ceux qui y reposent et en simple visiteur je sentais que du coin de l'oeil les pierres tombales, froides et usées, m'intimaient en choeur l'ordre ferme de respecter l'endroit.
Dépassant cette ambiance spectrale qu'a probablement su apaiser la grand-mère de Gondinette en nous souhaitant la bienvenue chez elle, nous voilà errant parmi les sépultures célèbres ou les dalles aux noms moins illustres.
Larousse, Man Ray, César, Duras, Ionesco, Maupassant, Becket, Noiret, Poincaré, Reggiani, ... Il y a du beau monde à Montparnasse mais je peux les comprendre: la Coupole est à deux pas et le monolithe parnassien posé sur Paris tel un bloc anthracite d'une odyssée des temps modernes confèrent au quartier une dimension propice à l'élévation et la spiritualité. Petit homme face à ce souffle des âmes au repos tout autour de moi, il m'a fallu un temps pour reprendre mes esprits et le cours de ma promenade. L'objectif était d'aller saluer Serge, non pas de méditer sur l'étroitesse de notre charnelle enveloppe. Je prends donc mon courage à deux mains et le plan du sanctuaire et, suite à quelques écarts pour des clichés en noir et blanc, me voilà face à lui.
Identique à lui-même, d'une humeure grise et pierreuse, le regard dans le vague et l'air un peu mort, Serge me toise du haut de la petite stelle en laquelle il a élu son dernier domicile. Sur sa tombe, des pierres posées là par les pèlerins de passage et de sa confession, des mots laissés par ses fans en anglais, en chinois, en arabe ou en russe. Etrange cette sensation que de me rendre enfin sur la tombe de cet artiste intemporel.
Je me souviens alors du jour où pour la première fois je suis allé rue de Verneuil, contempler les dédicasses de fans faites à l'artiste qui ne leur signera pas un autographe désiré plus que tout. La même gène m'entoure, tel un manteau d'hiver et ses chansons résonnent en moi, perdues dans le silence du sanctuaire parnassien. Ah Gainsbourg! Que n'a-t-on dit sur toi, ton oeuvre, ton style ou ton univers et ta personnalité. Je ne t'ai connu que défunt et pourtant à chaque étape de ma jeune existance tu m'envoyais des messages ou des refrains. Au Panthéon des Arts tu es sans doute le plus gros des fêtards... Cette pensée me ravive les sens et, malicieux, je souris. Je souris en me remémorant cette exposition pour toi à la Cité de la Musique. Je souris en me remémorant ce Black Trombonne qu'une de tes plus belle fan m'a fait un jour découvrir. Je m'amuse en repensant au Sea Sex & Sun que j'adorais prépubert parce qu'il évoquait mes désirs peu avouables. Je ris de ton Juke-Box, éclate pour Bonnie & Clide et souris d'une Javanaise qui me berça plus d'une fois. Du "Oh c'est haut" de New York USA tu ne t'attendais sans doute pas de te retrouver là, au pied du seul gratte-ciel de Paname. Ton silence parle de lui-même et le mien me rend un peu mal à l'aise. Le non verbal reprend son droit dans cette petite conversation qui nous anime. Gènées, mes mains filent tout droit dans la tannière de mes poches. Quel farceur tu fais: c'est un tiquet de métro qui y repose. Comme de nombreux fans avant moi, je reproduit un cérémonial qui n'appartient qu'à toi, je l'extirpe de mon jean, grifonne un mot et l'abandonne à tes pieds. C'est tellement vrai au fond: "Il y a comme une trou sans toi, poinçonneur".
Les quelques clichés de cette balade au cimetière du Montparnasse: c'est par là
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A-t-on réffléchi une seule seconde à sa réaction s’il avait seulement su la teneur et les risques de la mission ? Nenni. Pfuit ! la fusée s’envolle, et avant de
s'en revenir sur la Terre, notre bien aimé
Il y a quelque
temps déjà, alors que Gondinette et moi essayions de faire découvrir Paname à une amie commune, Ka. Nous avons décidé un soir d'aller le lendemain lui faire connaître - pour une après-midi au
moins de flâneries sur le pavé - le fabuleux quartier que peut être la Butte de Montmartre.
Une équipe de jongleurs, un caméraman, un producteur et un directeur
artistique, portant tous le même T-Shirt nous présentent le concept pour lequel ils effectuent la dernière répétition. En découvrant un dernier personnage, vêtu d’une mode digne des années 20,
nous commençons à comprendre : Le concept d’une visite du Montmartre historique, insolite et secret est lancé. Le producteur aimerait nous avoir comme public. Décidément, Paname n’a pas
fini de me surprendre. Le guide ne mène pas une visite conventionnelle. Il évolue sur la Butte en nous délivrant ses secrets, guidé par une histoire imaginaire. Notre guide, à la recherche
d’une danseuse du Moulin Rouge, nous amène de rencontre en rencontre dans les rues sinueuses de la Butte que nous découvrons sous un nouveau jour.
Les saltimbanques que nous croisons ici où la lors de
ce spectacle de rue racontent chacun une histoire, tantôt celle du cirque Bouglione, tantôt celle d’un Poulbot, un musicien nous fait entendre et chanter la Complainte de la Butte. Ka,
Gondinette et moi sommes envoûtés par la vie d’une Paname oubliée qui nous saute au visage. On comprend que le nombre impressionnant de cabarets sur la Butte est dû à une taxation inférieure
sur le débit d’alcool. On apprend que le quartier de la Goutte d’Or tient son nom du vin de la Butte, un blanc couleur or qui égaillait le cœur des artistes de la Butte. On s’imagine presque à
la terrasse du Café Rose, sirotant une fée verte et refaisant le monde sur un modèle bohème, on se croirait presque revenu plus d’un siècle en arrière, à danser la valse dans un troquet oublié.