Un WE à Paname,
Je me l’étais promis et je l’ai fait. Il me fallait pour un peu sortir de ma torpeur aveugle et passive, bouger, m’activer. Sortant donc de mon « mode veille » je m’étais décidé à vivre Paris ce week-end. C’est chose faite.
Tout a commencé vendredi soir du côté de Montmartre. Un ami à moi y vit depuis peu et cette fin de semaine a pour lui été marquée une étape importante. Quand on rend un mémoire, on achève scripturalement une phase d’étude, comme si d’un coup armé d’une règle on devait tirer un trait et faire la somme de ce que l’on sait. Avant d’arriver chez lui je profite de quelques instants seuls dans le froid pour me laisser guider par instinct sur la butte. Ses rues minuscules qui serpentent, ses escaliers destinés aux plus courageux. Je me promets au passage, constatant mon retard, de revenir une autre fois, armé jusqu’aux dents d’appareils et de pellicules photo.
La soirée a ce goût unique des soirées entre amis. Je prends le partit de rentrer tôt. Outre la fatigue de la semaine, je souhaite me lever tôt. J’arrive dans le cinquième arrondissement à cette heure où justement les groupes de jeunes, sortis tous par respect de la tradition de la fin de semaine commencent chacun à se dissoudre à mesure que les uns partent enchaîner sur une autre soirée ou d’autres, plus prudents, boivent un dernier verre et s’en retournent chez eux.
Qui dit « couché tôt » implique souvent « tombé du lit » le lendemain. Je n’y coupe pas et à 8h à peine me voilà tiré des plumes. Aucun doute n’est plus possible, Paname m’attend. Quitte à me faire désirer je prends le temps (une fois n’est pas coutume) d’un énorme petit déjeuner et hop ! Me voilà dehors. Ce n’est pas ma direction mais qu’importe, je descends la rue Mouffetard qui s’anime pour le marché. De gauche à droite je flâne, l’affluence croissante témoigne de la ville qui se réveille sous l'oeil amusé d'un pochoir de MissTic. "La poésie est un sport de l'extrême"... Sans blagues! En bas de la rue, sur cette petite place qui dans une heure sera envahie des habitants du V° faisant leurs courses, à la terrasse chauffée d’un café, une table semble m’attendre. Gentleman au possible, je vais à sa rencontre. « Un café allongé s’il vous plaît ». Le café arrive au moment où je retrouve mon bouquin (Le voyage dans le passé de S. Zweig). Les pages défilent, la place s’anime. L’histoire s’enflamme tandis qu’au bas de Mouffetard la cohue s’est emparée des échoppes. Je remonte la rue par des parallèles méconnues et file Place des Grands Hommes. Fidèles à eux-mêmes Henri IV et le Panthéon, de leur superbe assise, semblent, eux aussi, contempler la tranquillité de ce samedi matin. Le ciel a choisi aujourd’hui un bleu éclatant. Sur la place, l’architecture s’en donne à cœur joie pour trancher de sa blancheur un ciel azur qui se découpe.
Je connais la place par cœur mais c’est toujours une découverte. Je ne reste pas. Les parents m’attendent pour déjeuner alors je file. Arrivé sur la rue Monge, je cède au petit plaisir que de traverser les Arènes de Lutèce et y accédant par ce passage merveilleux. D’un coup, comme si je venais de traverser une porte cochère donnant sur un nouveau monde, le bruit de la rue s’arrête et laisse place à un silence paisible.
Je m’accorde de souffler sur un banc et déjà je peux voir arriver les premiers joueurs de pétanque. Il est à peine 11 heures et je me dis intérieurement qu’il doit être bon de se lever un samedi avec comme première échéance une partie de boule entre amis. Je reprends mon chemin pour arriver en haut de Geoffroy St Hilaire. Un détour par le Jardin des Plantes s’impose de lui-même. Sur les terres de Buffon ou de Cuvier, je déambule sans but précis dans l’espace vert. Mon arbre préféré, un Ginkgo de quelques siècles mon aîné est toujours là comme un grand frère bienveillant. Ses feuilles, l’hiver les lui a prises mais qu’importe : la température ne mérite pas qu’il me fasse de l’ombre lorsque je m’assois sur le banc à son pied. Quelques pages plus tard me voilà reparti pour un déjeuner en famille.
A 14 heures, une amie m’appelle. Son mec vient de s’en séparer. Ni une ni deux je lui propose un point de chute dans le Marais. J’avale un café et hop ! C’est reparti. Le quartier comme à son habitude est en pleine effervescence. Il y a bien sûr les touristes qui, à mon image tournent la tête dans tous les sens pour essayer de graver le cachet du quartier sur leur rétine. Rue Vieille du Temple, rue des Blancs Manteaux, … la ballade continue sur les trottoirs et sur la chaussée lorsque les vendeurs de prêt-à-porter occupent la largeur du marchepied avec leur diable chargé de caisses. Nous nous arrêtons dans un café pour discuter. Le vin chaud délie les langues et anime le débat. Nous rions et relativisons l’existence. A ma droite deux jeunes femmes discutent. L’une d’elle prétend qu’il est normal pour les hommes d’aimer le concept de la strip-teaseuse. De son côté les chippendale la rebute. Je suis à deux doigts de lui révéler tout le sexisme de sa remarque. De ma gauche à cet instant m’arrive un sourire et la demande de la sucrière (il y en a une pour quatre tables). De vin chaud en digressions, le froid au dehors s’est installé. Avant d’en souffrir à mon tour, un peu sadique sans doute, j’observe dans la rue les cols qui se relèvent, les gants que l’on sort de ses poches, les démarches qui s’activent.
Je me doute bien que la ballade d’aujourd’hui est compromise. Qu’importe… mon amie organise une soirée chez elle. Nous décidons d’anticiper et de rentrer chez elle nous mettre au chaud. Un léger détour par le Nicolas le plus proche et nous voilà parés pour un petit dîné pré-soirée. Le Cheval Noir que nous buvons, accompagné d’un plat de pâtes à la Carbonara a le goût délicieux, magique et apaisant. d'un instant de Vie partagé entre amis. La soirée commence et bien vite le salon fait salle comble. Je rencontre des personnes nouvelles, plus accueillantes les unes que les autres. Ensembles, les rires et les délires se succèdent. Mon frère appelle. Je salue mon hôte et ses amis. Me voilà dehors, une nouvelle fois dans le froid. Inutile de se leurrer, il est déjà minuit passé : ce qu’il me faut c’est un taxi.
Trente minutes plus tard me revoilà dans le V°. Bien plus que la veille les rues sont animées et je sens biens que ce soir la nuit sera encore bien longue. Mon frère est au Teddy’s Bar. Probablement le seul établissement au monde ou le tissu léopard sur les murs sonne bien et n’agace pas les yeux. De mousse en mousse, nous discutons. Et, comme la pression tombe et que nos bières sont vidées, nous mettons un terme à cette folle journée.
Au matin du dimanche, je tente une sortie pour aller m’acheter du pain frais. Il n’y a pas grand-chose de mieux le dimanche matin qu’une tartine de pain frais avec un bon café. J’arrive jusqu’à la boulangerie en pensant que le temps se gâte hélas. J’ai profité hier, ne soyons pas rageur mais plutôt réactifs : il ne fait pas si beau alors je m’en retourne au lit.
A 14 heures mon estomac réclame un nouveau petit déjeuner que je m’empresse d’aller prendre sur la Place de la Contrescarpe, comme il se doit en terrasse. J’occupe l’après-midi à traîner à gauche à droite, à prendre le thé en famille devant la finale du Handball.
Au bilan du week-end, je constate médusé que je n’ai abouti qu’un pourcent tout au plus du programme initialement envisagé. Un sourire attendri prend sa place sur mes lèvres car en définitive, pour moi Paris c’est exactement ça. Je ne m’attendais pas pour le WE à remplir les fous objectifs que je m’étais fixé. Ce que je désirais plus que tout, c’était je crois de me laisser porter par l’atmosphère unique de la Ville des Lumières. Paris m’a pris par la main et ce matin j’ai remercié Paname en ouvrant mes volets sur ma cour d’immeuble enneigée. Décidément, la ville a plus d’un tour dans son sac pour changer les programmes, bousculer les plannings et abattre l’ordre préétabli des choses.
J’ai donc rejoint La Défense, la tête encore rêveuses de toutes les visites reportées au prochain WE, bien conscient que je n’en ferai probablement pas beaucoup plus mais heureux de me savoir encore surpris au quotidien par cette ville que j’aime. Mon lecteur mp3 en mode aléatoire, tandis que le métro passe le Pont de Neuilly et révéle La Défense enneigée, vient mettre un terme à mes rêveries par la diffusion de la chanson Paris (de Marc Lavoine) dans mes oreilles encore trop fraîchement sorties des plumes de mon oreiller...
Bon Dieu ! Que j’aime cette ville et que la Vie est belle !
Bonne semaine à toutes et à tous!