Un restaurant magique

Publié le par Had

    La semaine dernière, une amie à moi a pris la décision de me faire découvrir un endroit unique. Sans doute devais-je avoir malgré moi envoyé quelque signe de fatigue accumulée ou de stress vécu – qui sait – quoi qu’il en soit, face aux instants vécus lors cette semaine de fous, je la remercie de m’avoir pris par la main afin de me bouger un peu. Plus que tout, j’étais alors désireux de trouver l’évasion dans un de ces endroits atypiques dont Paris a le secret et mon amie a vu juste à un point exceptionnel de précision.

Au sortir du travail, un métro m’amène encore stressé jusqu’à Arts et Métiers. Nous nous retrouvons au Café Léonard où un serveur adorable lance, par son amabilité gratuite, le ton de la soirée. J’ignore encore où nous allons mais, je me doute déjà que la soirée va en tout point répondre à mes attentes ou mes envies d’ailleurs.

     Nous buvons un verre ou deux, nous laissant guider sans doute par les conseils avertis sur la carte des vins de notre serveur tout sourires. Il est 22h et le temps de nous mettre en route pour le Derrière, un restaurant d’un tout nouveau concept. Situé au 69, rue des Gravilliers troisième arrondissement de Paris. Puisqu’il n’est pas indiqué depuis la rue, pour y acceder, osez passer outre la porte cochère et traverser la cour. Entrez comme je l’ai fait d’un pas timide dans l’immeuble et là, ouvrez grand vos yeux.

Lorsque j’y suis entré, l’espace d’une seconde j’ai eu du mal à y croire et, peu a peu, comme lorsque les yeux s’accoutument en douceur à l’obscurité, j’ai commencé à discerner le concept de l’endroit. Au Derrière, accrochez-vous car vous dînerez dans un appartement. Au beau milieu de la salle principale, une table de ping-pong annonce la couleur de la soirée. Les conversations de toutes les tables s’accumulent en harmonie pour générer l’ambiance vivante d’un salon lors d’une soirée. Les clients, détendus et assis sur des chaises dépareillées ressembles aux copains de copains que l’on découvre à peine arrivé a une soirée entre copains. L’accueil est chaleureux et, malheureusement, notre table n’est pas encore prete. On nous propose de nous poser dans un canapé en attendant ou bien – pourquoi pas – de faire une partie de tennis de table pour patienter. Quelques instants plus tard, on nous aménage une table à l’étage, dans la chambre à coucher.

Face à nous une table de six personnes dont trois des clients sont assis sur un lit double. A mesure que nous nous adaptons à cet univers atypique, nos langues se delient et notre apréhension s’évanouit. Pas de doute : je me sens un peu chez moi en ce lieu étrange.

    Niveau gastronomie, les saveurs sont au rendez-vous et le palais satisfait. L’onglet à l’échalotte est ssavoureux et tendre, le vin est délicat pour un budget très aborbable. Avant d’enchaîner par un dessert, mon amie me propose une pause cigarette. Pas question pour autant de finir sur un trottoir froid et humide, après tout, nous partageons l’impression d’être hébergés pour un temps par un ami à nous.

Au fond d’un couloir, une armoire ancienne, imposante, nous contemple et nous renvoi de ses deux énormes miroirs notre image amusée. Comme bercé par un film fantastique, digne de Narnia ou d’Harry Potter dans lequel tout est possible mias où la magie reigne, ma surprise est grande lorsque je vois la porte tourner par enchantement sur ses gonds et que deux jeunes filles hilares s’en extirpent. Intrigués, nous nous approchons du meuble aux portes massive. Timidement, nous en ouvrons les battants pour découvrir en son fond une ouverture dans le mur vers un cabinet secret. Dans la vaste pièce déguisée, les étagères sont de guingois et s’y entassent les manuels d’italien voisins des guides touristiques de New York… après tout, pourquoi pas… Nous prennons le partit de nous asseoir dans deux fauteuils à oreillette, sans doute de quelque décénies nos aînés. Usés par le temps, les meubles semblent nous embrasser du regard et nous dire tous en cœur « Allez ! Osez ! ». Sans scrupules, nous laissons alors voler en éclat nos derniers a priori et nous laissons aller. Les cigarettes se succèdent et la salle se vide : bientôt la fin du service alors nous décidons de revenir à la chambre à coucher d’où le groupe de six est parti. Nous sommes seuls pour le dessert et ne résistons pas à nous allonger une seconde sur le lit dont la couette ouatée, depuis le début du repas, nous fait des yeux doux. Au plafond, un miroir éclaté découpe notre reflet en une mozaïque de notre image. Nous nous cherchons et prennons une photo pour immortaliser cette soirée unique et apaisante. En bons derniers clients, nous discutons un instant avec l’adorable serveuse. Accessible et souriante, nous lui promettons de revenir bientôt. Comment faire autrement puisque nous partageons l’impression d’avoir passé une soirée dînatoire dans un appartement d’une collocation estudiantine.

Paris, une fois de plus, nous a touché au cœur par un de ses endroits les plus secrets. Malgré le stress de la journée passée, le dépaysement étonnant des premières minutes dans l’établissement, la magie du lieu nous a changé, sans aucun doute possible. Le sourire aux lèvres, généré par la malice de cet instant unique partagé, nous rentrons, heureux d’avoir ri, partagé et découvert ce petit nid ensembles.

 

     Alors, si un soir un de vos proche vous propose un dîner atypique dans un endroit secret de Paris, s’il n’y a pas grand-chose à lire sur le resto en question sur la toile, si vous doutez de pouvoir vous calmer après le stress ou les galères de votre existance, n’hésitez plus une seconde à oser tout simplement. Peut être finirez-vous par vous allonger une seconde sur un lit qui n’est pas à vous dans un restaurant caché où trône dans un couloir une armoire enchantée.

Une fois encore, au debut de la soirée, je doutais de la teneur relaxante du moment partagé, et, une fois encore, Paname a su répondre à mes appréhentions en criant haut et fort que la découverte et l’ouverture d’esprit sont les maîtres mots de ces expériences uniques. Elles viennent, agréablement violentes, pulvériser sans pudeur la routine de nos tristes existances.

Jamais je ne remercierai assez Paname pour cette N-ième leçon ni mon amie pour m’avoir mis le pied a l’étrier et poussé à chevaucher contre les idées reçues ou les principes étriqués.

 

Vive Paris et vive la Vie !


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Publié dans Paname

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