Le Métro...

Publié le par Had

    Le Métro de Paname est l’un des lieux à la fois des plus vrais et des plus étranges de la capitale. Il m’arrive de le voir comme un refuge dès qu’une météo parisienne s’abat au dehors, comme un sauna en plein été lorsque tel une sardine je me saucissonne avec d’autres costumes tout droit vers La Défense, voire comme un ennemi lorsqu’il m’oublie à cause de revendications insolentes.

Sans aucune honte je l’avoue haut et fort : j’aime le métro de Paris. Le peuple s’y brasse et s’y bouscule tandis que les amants fous, que la capitale seule sait nous faire, s’y embrassent en oubliant la foule. Quand je pense au métro, immédiatement mon esprit s’égare à la recherche du morceau de musique idéal pour que le cliché sonne juste. D’accordéon en saxophone, de guitare en clarinette, le métro résonne en moi comme un concert de bruits étranges sur un fond d’instruments. Au rythme de wagons qui scandent leur tempo mécanique sur la portée de rails et de correspondances, la foule s’active, fourmille dans les couloirs, s’esquive et s’organise en une danse tacite. Chacun y a son rythme, sa place. Depuis celui qui court jusqu’à celui qui s’y perd. On s’ignore à coup sûr, se bouscule parfois quand la danse se brise, on s’excuse ou s’en fout… Dans le métro certains parisiens (dont je crois faire partie) ont une démarche si particulière qu'elle leur confère une allure de missile autoguidé lorsque dans les couloirs, les yeux rivés sur un journal ou le dernier best-seller à la mode ils déambulent sans même observer les indications de leur correspondance qu’il connaît du reste par cœur, évidemment. Les escaliers s’enchaînent, les couloirs se succèdent, le parisien feinte, fonce, esquive et se glisse et se faufile dans les couloirs.

Soudain, au détour justement d’un de ces couloirs de Subway qui serpente sous Paname, les accords d’un instrument, parfois une voix de surcroît, haranguent la foule sans scrupule ni pudeur d’un de ces airs que nous avons tous sifflotés. Dans le couloir aux carreaux de céramique blanche – si typiques au métropolitain – l’artiste étrangement s’intègre à merveille à la froideur apparente du paysage, assumant son rôle avec fierté et chaleur : la foule calme son pas, s’échange parfois quelques sourires, partage amusée des accords connus de tous. Le temps est comme mis en pause, ralenti semblerait-il par la sphère ambiancée de blues, de jazz ou de Paname qui règne tout autour du soliste de cet orchestre qu’est le métro dans son ensemble. A nouveau le couloir tourne et je sors de la bulle : c’est reparti. Nous revoilà bien vite dans le tonnerre des correspondances. Au cœur de la terre, sous la belle Paname, on s’agite et on court après une ou deux minutes de temps perdues le matin ou la veille, qu’importe en somme.

 

 

 

Le Métro. Quand je suis dans la rame, en bon parisien et par accord tacite avec mes congénères, d’instinct, je sais où me placer, comment me faufiler pour monter, me caler ou redescendre. Je repère des touristes qui guettent avidement tout à la fois le nom des stations sur les quais à travers les vitres sales ou zébrées de tags multicolores et les affiches du trajet dans la rame. Ils se perdent en correspondance dans les lignes aux couleurs arlequin. Des lettres ou bien des chiffres, ils paniquent et j’en rie. Je les aide au passage avant de replonger dans l’action de mon bouquin.

Combien de livre d’ailleurs ai-je pu lire dans le métro ? Des révisions en urgence en allant droit vers la salle d’examen jusqu’aux romans de science fiction ; des manuels de chimie des journaux des magasines et puis bien entendu, une batterie de freepress. Les Métro, les 20 Minutes, les DirectMatin les DirectSoir sont chez eux dès qu’on passe sous Paname. A la surface ils jonchent le sol tels des déchets, souillent les rues... en le monde souterrain de Paris en revanche, ils changent de main souvent, se lisent et s’échangent. Depuis peu hélas, il est possible de téléphoner dans les trains : on gagne en amusement ce que l’on perd en confort. « Oui, c’est moi, c’était juste pour te dire que je suis en route là, j’arrive ! ». J’étouffe un gloussement, amusé par l’absurdité de la remarque et m’en retourne à mes pages. Autour de moi je le sens, l’ambiance change au fil de la ligne, on s’approche de La Défense et, nerveux, les voyageurs sourient moins.

Tel un rappel à la réalité, fulgurant de lumière après ce trajet secret et souterrain, le passage du Pont de Puteaux, par un salutaire assaut de soleil et d’air libre, réveille les plus endormies des cravates de la rame. Je range mon bouquin, ferme le col de ma chemise et resserre mon nœud de cravate. (…)

(…) Le soir, les cravates se dénouent, je sens bien que chacun s’en retourne chez soi, ressort déjà parfois. Certains, guillerets et papillonnant, bien peignés, maquillées s’en vont en soirée alors qu’à peine arrivé au terme du refrain métro-boulot-dodo je n’aspire qu’au repos. J’en oublie mon bouquin, dégote un strapontin, appuie ma tête on ne sait trop où et somnole, confiant, convaincu que, par un soubresaut du wagon, c’est le train qui m’annoncera lui-même le moment du réveil. Ca ne loupe pas, comme à chaque fois. J’attends que la première vague de passager jaillisse, pressante et impatiente sur le quai et je sors. Petit changement à Palais Royal. En bon parisien, je réalise que je connais le métro jusqu’à la longueur de la moindre correspondance, je glisse sur les escaliers, navigue dans les couloirs, surfe entre les passagers sur le quai de la ligne 7. Tout en marchant, je ressorts mn bouquin. Une fois de plus je remarque que mon petit trajet quotidien en Métro fait tranquillement son œuvre : Je me déconnecte du monde du travail, en reviens à mon existence personnelle. Le Métro est acteur dans cette transition. Je desserre mécaniquement mon nœud de cravate afin d’ouvrir un pu mon col de chemise. Toujours le même effet étrange : une bouffée d’un air nouveau. Assis dans la rame je relis quelques pages jusqu’à Place Monge.

La « Limite de validité des billets » est dépassée, me voilà au pied de l’escalator colossal de la station Place Monge. Tel le gosier béant d’un monstre souterrain, le canal qu’il creuse jusqu’à la surface et la vie de Paris, tellement à l’image du métropolitain, bâti un pont entre deux les deux personnalités de Paris. Sur l’escalator, de bas en haut me voilà revenir à la vie des pavés. Un nouveau tonnerre de sensation éclate comme un concert d’un nouveau genre dont Le Cinquième reprend la mesure. Je m’ébroue mentalement comme pour laisser au métro le fil de l’histoire fantastique de mon livre désormais rangé jusqu’au lendemain matin dans mon sac en bandoulière. Mes yeux s’habituent vite au soleil de printemps qui règne en maître sur le monde aérien de Paris. Comme après une éclipse, l’atmosphère change radicalement.

Jusqu'à la prochaine fois, me revoilà dans les rues à laisser mes errances reprendre et les vagabondages de mes pas s’en donner à cœur joie. Je retrouve Paris avec toujours la même joie, heureux d’être sorti des boyaux du métro pour apprécier encore mieux de battre les pavés au soleil sous la pluie ou sous un toit d’étoiles.

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Publié dans Paname

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A
J'aime le métro moi aussi. Un hâvre, des rencontres des découvertes ...
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