Montmartre
Je suis probablement parisien jusqu'à l'os, et pourtant... et pourtant je ne connaissais que très mal le quartier de Montmartre et la première approche que j'en ai fait mercredi a pour le moins bouculé mes différentes idées reçues et préconçues.
Aurais-je inconsciemment relégué la Butte aux coins trop touristiques de la Ville des Lumières, l'aurais-je triée dans le plus grand secret de mes deux hémisphères aux côtés de tous ces endroits clichés qui font dire de Paris que c'est - par essence et pour tous - la ville des amoureux? Quels que furent mes reproches sur cette zone de Paris, je présente humblement mes excuses à Paname pour l'avoir si abruptement et aveuglément jugée.
Ma ballade a débuté à la station de métro Anvers au coin de laquelle une friperie annonce la couleur de son enseigne: "Sympa". En sortant du métro, je croise une radio à la main d'un passant et viennent jusqu'à mes oreilles les premiers accords de Ridders on the storm... quoi de plus relaxant? L'ambiance est posée, le décor semble me tendre les bras. Bientôt le crépuscule. Je remonte la rue Steinkerque jalonnée de part et d'autre de boutiques à touristes multicolores et arrive en vue du Sacré Coeur, Place St Pierre. Les rayons irrisants que dardent ce soleil timide et tombant d'un soir d'hiver lui donnent une teinte rosée assez peu commune et si, d'ordinaire, je n'aime pas beaucoup la construction d'un point de vue architectural, je dois bien reconnaître que la lumière chamarée de cette soirée de février me renvoie de lui une image originale que je me plais à immortaliser… le ton de la soirée est donc au pink. Ce n’est pourtant pas La vie en rose que j’entends par-delà les bruits de la place… venant de cette échope, une nouvelle fois comme par rappel, les tous premiers accords de Riders on the storm. Décidément je vais finir par y voir un signe !
Bien que la musique me plaise, pas question de m'arrêter, je ne suis après tout que tout en bas de la Butte. Le funiculaire n'est pas là, alors, docile et motivé je m'enchaîne au pas de course les escaliers menant au pied de la basilique. Le soir tombe décidemment trop vite alors je ne m'attarde pas sur une vue de Paris où le moindre momunent paraît tout petit. Des touristes s’extasient d’un panorama qui se meurt dans le soir qui vient à grands pas, moi, je veux de l'intime et non des espaces dégagés alors je m'engouffre entre la basilique blanche et l'église qui la jouxte. Etrangement je me surprends à trouver d'ailleurs beaucoup plus de charme à ce petit monastère - St Pierre de Montmartre - qu'à sa voisine fière, blanche et coupolée.
Je ne coupe pas à un passage obligé par la Place du Tertre où, par trois fois, on me propose un portrait. Mon appareil à la main m’assimile-t-il à ce point là à l'un des touristes de la place? Vexé, je fuis le brouhaha opressant de la celle-ci et file par les rues sinueuses jusqu'à l'espace Dali. Depuis la petite place que les touristes ignorants et omnubilés par les guides trop souvent ignorent, une vue sur Paris s'étale sous mes yeux. Insolent, je l'ignore et me concentre sur les escaliers qui dévalent vers le pied de Montmartre.
Afin de mieux redescendre, je reviens sur mes pas et me laisse guider par ma paire de Converse qui ce soir a l’allure de bottes de sept lieux. Au coin d’une ruelle un bar-jazz aguicheur m’interpelle… laissant filer francs mes instincts de routard, je m’approche de l’entrée dont s’échape un groupe de jeunes hilares. A mesure qu’ils s’éloignent, la porte qui, pour un temps était demeurées indécise, fait mine de se refermer. J’étouffe un rire lorsqu’en revenant sur ses pas vers ses gonds elle laisse à mon oreille en appétit une mise en bouche accousique. Deux accords – tout au plus – me décident à rattraper la porte au vol et à pénétrer l’endroit. Au piano des doigts s’agitent et font retentir dans le bar tout entier la version au clavier de Riders on the storm. Décidément… C’est la serveuse qui ramiène mon esprit vagabon et fantaisiste dans le bar. « Non, merci, rien du tout. » Comme mû par une fièvre inconnue jusqu’alors, je sors de l’établissement et laisse mes pas prendre le contrôle total de la ballade. Je monte et redescends, les pavés glissent sous mes pieds, les escaliers s’enchaînent et se mélangent, tout simplement, je me laisse guider. Après un temps d’errance, qui sait combien de temps de torpeur et de déambulations plus tard, je reprends le contrôle du timing et de mon azimut. Il me reste peu de temps pour mon rendez-vous avec Gondinette.
Je dois redescendre et longer la Butte jusqu’à mon point de départ. Je dévalle une volée de marches sans les voir et me voilà que me cueillit la Rue des Trois Frères, comme un piège sciemment posé là par Paname. Une fraction de seconde mon cœur bondit et puis, d’un coup, un énorme sourire béat vient remplir mon être tout entier… « Cétait donc ça » me dis-je intérieurement. Bercé par un sourire riche en souvenir et en amour pour mes deux frères je dévalle la rue aux messages qui se succèdent : Théâtre des Trois Frères, pizzeria Il Fratello… que c’est bon d’être là, seul, et de vivre tout ça. A la fin de la rue, Paris s’amuse et Paname signe l’instant vécu. Je passe devant le Théâtre de l’Atelier – ignorant que plus tard j’y verrai Baby Doll et retourne sur la rue Steinkerque, désertée de touristes. Le gros des boutiques qui leur sont de jour dédiées sont maintenant closes et la nuit est tombée avec le froid qui l’accompagne chaque soir ces temps-ci.
Avec à peine cinq minutes d’avances sur l’horraire prévu, je me pose – comme il se doit – au Café Montmartre en regrettant un peu de jouer au touriste. Je commande un café et m’assois sur une banquette. En étudiant les lieux, je me retourne et vois au dessus de moi le regard de Gainsbourg. Mentalement je le salue et lui demande de faire gaffe avec sa cloppe à ne pas me laisser tomber la cendre sur le crâne. Mon café arrive accompagné du sourire de la serveuse. Elle s’écarte alors que je la regarde et derrière elle apparaît le chaud regard d’Audrey Hepburn. Elle semble appartenir aux lieux, comme intemporellement assise sur la banquette en diagonale. Elle m’adresse un sourire que je lui rends. Quelle ville de fous ! J’ai peine à y voir clair dans ces deux heures à peine révolues. J’essaye pendant une seconde de faire le point, et, au moment même où mes sens reviennent en mon contrôle, Gondinette apparaît face à moi… tant pis, je mettrai tout ça au clair plus tard, ce soir, c’est soirée découverte. Paname marque le point, le set et le match pour ce soir, une fois de plus ! Je ne m’avoue pas vaincu pour autant car à coup sûr Montmartre me reverra bientôt, armé jusqu’aux dents de matériel photo afin de pouvoir au mieux graver ces quelques instants en noir et blanc… à bon entendeur…
Les photos de la ballades seront très bientôt en ligne, promis!